L'histoire du don d'organes

Publié le par DONDORGANE

Histoire du don d'organes


L’idée de remplacer un élément du corps défaillant par un élément sain, prélevé sur une autre personne, ne date pas d’hier : on raconte ainsi que Saint Côme et Saint Damien, au IIIème siècle, ont greffé la jambe d’un Maure décédé à un homme qu’ils venaient d’amputer.Néanmoins, c’est dans la seconde moitié du XXème siècle que la greffe d’organes s’est peu à peu imposée comme une thérapeutique fiable, qui sauve et qui prolonge significativement des vies.




  • Les premiers pas du don d'organes



Les premiers pas de la greffe et du don d'organes ont lieu dès le XIXème siècle, avec les tentatives de greffe de tissus comme la peau. Vers 1905, Alexis Carrel met au point la technique de suture entre vaisseaux sanguins. C’est ce même scientifique qui, dans les années trente, posera le principe de la conservation des greffons par le froid.

 Dès le début du XXème siècle, des médecins expérimentent la greffe rénale, d'abord de l'animal vers l'animal, puis de l'animal vers l'homme puis de l'homme vers l'homme.

 La première greffe rénale d’un homme vers un autre est réalisée en Russie en 1933 par Serguey Voronoy, qui a par ailleurs acquis la conviction que le rejet a une cause immunologique. Il greffe le rein d’un homme décédé au niveau de l’aine d’une jeune malade de 26 ans. Quatre jours après la greffe, la patiente décède.


  • Les débuts de la greffe rénale


Après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle les expériences de greffe ont été mises en veille, la greffe rénale va de nouveau focaliser l’attention de plusieurs équipes chirurgicales, aux Etats-Unis et en France notamment. Le greffon est cette fois placé dans l’abdomen. La technique chirurgicale progresse, la survie s’améliore et atteint parfois plusieurs mois.

 En France, les premières greffes rénales sont réalisées en 1951 à partir d’un donneur bien particulier : une personne guillotinée juste avant le prélèvement… La survie des deux patients greffés est brève : respectivement 17 et 19 jours.

 Néanmoins, la France va se distinguer en 1952 avec la première tentative de greffe à partir de donneur vivant : une mère demande à ce que l’un de ses reins soit greffé à son fils de 17 ans, qui vient de perdre son unique rein dans un accident. L’opération, réalisée à l’hôpital Necker par l’équipe du Professeur Jean Hamburger, est un succès, mais 21 jours après sa greffe, le jeune homme décède.

 La technique de greffe a beau avoir accompli de grands progrès, elle se heurte toujours à un obstacle majeur, la question du rejet. La première greffe rénale avec une survie du receveur excédant 6 mois est réalisée en 1954 entre deux vrais jumeaux : leur grande similitude génétique limite considérablement les problèmes de compatibilité entre le greffon et le receveur. L’opération est réalisée à Boston par les Docteurs Murray, Merrill et Harrison.


  • L’apparition de l’immunosuppression


Dès 1952, Jean Dausset avait publié ses premiers résultats sur le système HLA, une sorte de carte d'identité génétique de l'Homme. Pour que la greffe réussisse, il faut que le système immunitaire du receveur ne rejette pas l'organe du donneur. Une seule solution, à moins d’avoir affaire à des jumeaux : affaiblir le système immunitaire du receveur. C’est ce que l’on appelle l’immunosuppression.

 En 1959, le Pr Hamburger à Paris et le Dr Merril à Boston réussissent les premières greffes rénales entre faux jumeaux. Les receveurs sont soumis à des séances d'irradiation totale, pour supprimer temporairement la fonction immunitaire de la moelle osseuse, et à un traitement médicamenteux anti-rejet à base de corticoïdes.

 A la même période, l'Américain David Hume réalise la première greffe avec immunosuppression à partir d'un rein de donneur décédé. Malgré l’efficacité limitée et les lourds effets secondaires des traitements immunosuppresseurs de l’époque, dans les années 60, les greffes rénales entre personnes non apparentées se multiplient. Un facteur va favoriser ce mouvement : l’apparition de la technique de dialyse rénale, qui offre une solution de secours en cas d’échec.


  • Les premières greffe de coeur


A la fin des années soixante, plusieurs équipes réussissent la greffe d’autres organes que le rein.

 La première greffe de pancréas considérée comme réussie est réalisée en 1966 par les Dr. Richard Lillehei et William Kelly, à Minneapolis. En 1967, c’est le Dr Thomas Starzl à Denver qui connaît le premier succès en matière de greffe du foie. La même année, le Pr Christian Barnard tente la première greffe du coeur au Cap, en Afrique du Sud. En 1968, c’est le Pr. Christian Cabrol qui réalise la première greffe cardiaque européenne, à Paris. Un an après la première greffe de cœur, 102 tentatives ont été réalisées dans le monde.

 La diversification des organes greffés est favorisée par la description par des neurologues français, dès 1959, de ce que l’on appelait à l’époque le coma dépassé. En 1968, on l’appelle la mort encéphalique. Cette circonstance de décès permet la mise en œuvre des techniques pour préserver l’état fonctionnel d’organes plus fragiles que le rein, qui se dégradent rapidement dès que l’irrigation sanguine cesse.

 La loi du 22 décembre 1976, dite Loi Caillavet, est le premier cadre législatif français à introduire la notion de consentement présumé. Chaque personne n'ayant pas fait connaître son refus est implicitement en faveur du don d'organes. Des registres de refus sont créés dans tous les établissements hospitaliers, donnant la possibilité aux personnes opposées au don de le faire savoir.

 Malgré ces avancées, jusqu’aux années quatre-vingt, l’activité de greffe est essentiellement consacrée au rein. La fréquence des rejets, mal jugulés par les corticoïdes, limite le recours à cette thérapeutique malgré les progrès réguliers de la chirurgie.


  • L’arrivée de la cyclosporine et des lois de bioéthique


Découverte dans les années soixante-dix et utilisée à partir de 1982 pour le traitement des personnes greffées, la ciclosporine marque un tournant dans l’histoire de l’immunosuppression. Avec cette nouvelle génération de médicaments anti-rejets, la survie des patients est considérablement améliorée, le nombre de prélèvements et de greffes explose : il passe en France d’environ 650 en 1982 à plus de 2 400 cinq ans plus tard, tous organes confondus.

 En parallèle, des greffes difficiles obtiennent leurs premiers succès : dix ans après les premières tentatives du Pr Barnard, en 1981 Brunce Reitz et Norman Shumway obtiennent de nouvelles avancées sur la greffe cœur+poumon. En 1983, la première greffe pulmonaire considérée comme réussie a lieu au Canada.

 En France, au début des années 90, la confiance de la population française dans l’organisation sanitaire diminue suite à l'affaire du sang contaminé. Le nombre de receveurs chute. Le gouvernement décide d’encadrer le prélèvement d’organes et les greffes comme cela a été fait pour le sang. Les lois de bioéthique sont édictées en 1994 puis révisées en 2004. Un établissement public est créé pour encadrer l’activité : l’Etablissement français des Greffes en 1994, puis l’Agence de la biomédecine depuis 2005.

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Jean-Claude Ruckterstuhl 16/10/2012 11:26

L'histoire de la transplantation d'organes ne peut s'envisager sans l'immunisuppression.
Dans l'article, il manque un élément essentiel dans la découverte de la cyclosposrine.
En 1972, le Dr Jean-François Borel (Suisse) met en évidence des propriétés immunosuppressives de la ciclosporine.
Cette substance est extraite d'un champignon recueilli sur l'Hardangervidda, un haut-plateau du sud de la Norvège.

Les premiers essais sur des hommes ont eu lieu en 1978, et l'usage de la ciclosporine pour les greffes de moelle osseuse et les transplantations d'organes s'est généralisé en 1983.

Tout a commencé à Bâle, en 1969, dans le laboratoire de microbiologie de la firme Sandoz où une poignée de terre ramassée au hasard d'un voyage en Norvège est à l'origine d'une longue histoire,
celle de la découverte de la ciclosporine...
Il s'appelle Ciclosporine A (Sandimmun): cet immunosuppresseur a été découvert en 1972 par l'immunologiste suisse Jean-François Borel.
L'époque est à la recherche de nouveaux antibiotiques, et c'est par hasard, dans ce prélévement de terre ramené de Norvège, que ce chercheur suisse remarque un champignon semblant pourvu de
capacités immunosuppressives.
Les tests ayant démontré que cette molécule paralyse les réactions immunitaires de l'organisme sans en détruire les cellules, la ciclosporine est disponible au début des années 80.
Au vu de l'histoire et des échecs des transplantation sans outil chimique adéquat, il est vraisemblable que le développement de la transplantation n'aurait jamais eu l'évolution qu'elle a eu sans
le travail de JF Borel et bon nombre de patients transplantés aujourd'hui seraient décédés.