Don d'organes: L'histoire de la greffe

Publié le par DONDORGANE

Histoire de la greffe

saint come et saint damien

3ème siècle

Une fresque de Fra Angelico représente la greffe d'une jambe au Diacre Giustiniano par Saint Côme et Saint Damien. On peut l'admirer dans le couvent San Marco à Florence. Jacques de Voragine en fournit l'explication au XIIIème siècle dans son ouvrage « la légende dorée » : la jambe de Giustiniano était atteinte d'un cancer. Saint Côme et Saint Damien amputèrent le membre malade et le remplacèrent par celui d'un éthiopien récemment décédé. Les auteurs de cet exploit devinrent les saints patrons des médecins et des chirurgiens...


1818 : Première transfusion sanguine d'homme à homme

transfusion 1818

Un obstétricien anglais, le Pr James Blundell, transfuse quelques centilitres du sang d'un homme à son épouse, qui avait fait une hémorragie à la suite d'un accouchement. Elle est sauvée. Le médecin renouvelle cette opération sur une dizaine d'autres patientes, dont la moitié survivent.






dr landsteiner

1900-1902 : Découverte des groupes sanguins

Le Dr Karl Landstener, un scientifique allemand, définit les trois groupes sanguins A, B et O. Ses collègues découvrent un quatrième groupe, AB.
Il faudra attendre 1907 pour découvrir que les transfusions ne doivent se faire qu'entre personnes dont les groupes sanguins sont compatibles.
Le Dr Karl Landstener recevra le prix Nobel en 1930 pour l'ensemble de ses travaux.

dr carrel

1902-1908 : Alexis Carrel développe la technique de suture des vaisseaux sanguins, préalable à toute transplantation.

Il apprend la couture auprès d'une brodeuse, puis applique sa technique à des recherches sur les anastomoses vasculaires qui lui vaudront le prix Nobel en 1912. Il émigre ensuite à Chicago, où il met son savoir à profit pour tenter des transplantations sur des animaux. Il met également en évidence l'intérêt du froid pour conserver les organes et les tissus.

matthieu jaloubay

1906 : Mathieu Jaloubay

Mathieu Jaloubay, un médecin lyonnais spécialisé en chirurgie vasculaire, greffe un rein de porc puis un rein de chèvre au pli du coude de deux femmes atteintes d'insuffisance rénale. Dans les deux cas, les malades décèdent peu après.
Les difficultés d'ordre chirurgical sont à présent maîtrisées, mais les greffes demeurent la plupart du temps des échecs, les receveurs semblant ne pas tolérer des éléments provenant d'organismes étrangers.

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1933 : Première homotransplantation rénale

Le Russe Yu Yu Voronoy parvient à une conclusion majeure : le rejet est un évènement immunologique. Il décide alors de tenter la première homotransplantation rénale. Le receveur est une jeune femme de 26 ans, le donneur un homme décédé de 60 ans. Quatre jours après la greffe, la patiente décède, mais un nouveau pas a été accompli.

1940 : Peter Medawar pose les premiers jalons de l'immunologie

Le zoologue anglais Peter Medawar tente des greffes de la peau sur des animaux pour étudier le phénomène du rejet. Son travail lui vaudra un prix Nobel.

david hume

1947 : Tentative de transplantation rénale à partir d'un donneur décédé

A Boston, le Dr David Hume reçoit une jeune femme en insuffisance rénale aiguë à la suite d'un avortement. Il demande l'autorisation de tenter une greffe de rein, mais elle lui est refusée. C'est donc clandestinement, de nuit et dans la chambre de la malade qu'il procède à l'intervention.
Le rein produit de l'urine, la malade se réveille, ses propres reins reprennent peu à peu leurs fonctions tandis que le greffon cesse les siennes et est retiré. La jeune femme a passé le cap critique et est sauvée.

richard lawler

1951 :

A Chicago, Richard Lawler greffe avec succès un rein de cadavre à une femme atteinte de polykystose. La malade survit pendant six mois.

En France, la même année, René Küss, avec Charles Dubost et Marceau Servelle, met au point une technique chirurgicale permettant de placer le greffon dans la fosse iliaque. Cette méthode a ensuite été universellement adoptée et est toujours utilisée à l'heure actuelle.

rene kuss marceau servelle charles dubost

1952 : Mise en évidence du système HLA

dausset

Jean Dausset publie ses premiers résultats sur le système HLA, une sorte de carte d'identité génétique de l'homme. Ses travaux lui vaudront un prix Nobel de Médecine. Dès lors, pour que la greffe réussisse et que le système immunitaire du receveur ne rejette pas l'organe du donneur, deux solutions sont possibles :

  • Soit les systèmes HLA du donneur et du receveur sont les plus proches possibles, comme c'est le cas pour les vrais jumeaux,
  • Soit il faut affaiblir le système immunitaire du receveur pour empêcher le rejet de se produire.


1952 : Première tentative de greffe du rein à partir d'un donneur vivant.

Marius Renard

A la fin du mois de décembre 1952, Marius Renard, un jeune charpentier de 16 ans, tombe d'un échafaudage. Une hémorragie incontrôlable contraint le chirurgien qui tente de le sauver à lui retirer son unique rein.

Madame Renard

Madame Renard, qui donna son rein à Marius

Le rein artificiel n'existe pas, Marius semble promis à une mort certaine.
Sa mère, désespérée, supplie les médecins de greffer un de ses propres reins à son fils.

Confrontés à cette situation dramatique, Jean Hamburger et son équipe décident qu'il est moralement plus acceptable de tenter cette opération de la dernière chance, plutôt que regarder Marius s'éteindre d'une mort lente.


Hamburger L'équipe du Dr. Hamburger

En cette nuit de Noël 1952, c'est toute une équipe qui se mobilise à l'hôpital Necker pour tenter l'impossible. Semaine du mondeLouis Michon, Nicolas Economos et Jean Vaysse transplantent le rein gauche de la mère dans la fosse iliaque droite du fils. L'opération est un succès, le rein fonctionne immédiatement, et Marius, qui était mourant, retrouve rapidement des forces.
Les médias s'emparent de son histoire, et sa mère et lui deviennent de véritables héros nationaux, symboles de la force de l'amour maternel et des prodiges de la médecine moderne.

Pourtant, le greffon cessera progressivement de fonctionner, pour aboutir, vingt et un jours plus tard, à un rejet sans appel et à la mort du jeune garçon.

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1954 : Greffe rénale réussie à partir d'un donneur vivant

merrill murray

A Boston, l'équipe des Dr Murray, John Merill et Harrison réalise la première greffe rénale entre deux vrais jumeaux, les frères Herricks, âgés de 23 ans. Le donneur et le receveur étant génétiquement semblable, le problème du rejet ne se pose pas.
Il s'agit de la première transplantation rénale « réussie », c'est-à-dire qui fonctionne pendant plus de six mois.

les frères Herricks en pleine forme, peu après la greffe

freres herricks

1958 : Jean Dausset et Jean Bernard mettent en évidence les groupes HLA

et leur rôle dans la lutte d'un organisme contre un greffon étranger.

1959 : Premières greffes rénales entre faux jumeaux

Jean Hamburger à Paris (Necker) et John Merill à Boston ont l'idée d'irradier les futurs receveurs afin de supprimer temporairement la fonction de la moelle osseuse, responsable du rejet.
Cette irradiation est néanmoins un traitement très lourd, puisqu'elle détruit totalement le système immunitaire du receveur. Il devient alors très vulnérable, et le moindre virus peut conduire à son décès. Les effets secondaires sont considérables. Malgré ces contraintes, les greffes réalisées entre faux jumeaux à Boston, puis à Paris, sont des réussites.

1959 :

à Paris, les neurologues Mollaret et Goulon décrivent pour la première fois l'état de mort encéphalique.

1960 : Premières greffes hors gemellité

René Kuss et Marcel Legrain réalisent les 3 premières greffes hors gémélarité. Deux des patients greffés survivront 18 mois.

1962 : Première transplantation d'un rein prélevé sur un donneur décédé

à Boston. Le patient survit pendant 21 mois, grâce à un nouveau médicament immunosuppresseur, l'azathioprine, utilisé en association avec les corticoïdes.

dr hardy

1963 : première tentative de greffe hépatique

1ere greffe poumons

par le Dr Thomas Starzl, à Denver. C'est un échec, qui entraîne un moratoire de trois ans.



La première greffe pulmonaire est réalisée par le Dr. James Hardy à l'Université du Mississippi.

1966 : Première greffe réussie du pancréas

Première transplantation réussie du pancréas, par les Dr. Richard Lillche et William Kelly, à Minneapolis, sur un patient souffrant du diabète et d'une insuffisance rénale.

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thomas starzl

1967 : Première greffe du foie réussie

Le Dr Thomas Starzl à Denver réussit la première greffe du foie. Le malade survit 13 mois.

1967 : Première transplantation réussie du cour

Barnard

Le Dr Christian Barnard réalise la première greffe du cour sur un patient de 54 ans, Louis Washkansky, à Cape Town en Afrique du Sud. Après 18 jours de survie, il est emporté par une pneumonie liée à l'immunosuppression.



1968 : première greffe cardiaque en Europe

par le Pr. Christian Cabrol, à Paris. Le patient ne survit que deux jours.

1968 : première greffe cardio-pulmonaire

par le Pr. D. Cooley, Houston, Texas, USA

1969 : Naissance de l'Association France-Transplant

Elle est fondée par le Professeur Jean Dausset, prix Nobel de médecine, dans le but de structurer l'activité de greffe en France, sous convention de l'Etat.

1972 :

dr borel cyclo

le biologiste suisse Jean-François Borel découvre les propriétés immunosuppressives de la ciclosporine, un antibiotique. Cette molécule va transformer radicalement les perspectives des greffes et la durée de vie des greffons.



1976 :

La loi du 22 décembre 1976 (dite Loi Caillavet) est le premier cadre législatif en France introduisant la notion de consentement présumé. Chaque personne n'ayant pas fait connaître son refus, est implicitement en faveur du don d'organes. Les décrets d'application de mars 1978 créent des registres de refus dans tous les établissements hospitaliers, donnant la possibilité aux personnes opposées au don de le faire savoir.

1980 : La cyclosporine est synthétisée artificiellement

ce qui ouvre la voie à sa commercialisation, en 1983. C'est une avancée décisive qui entraîne la multiplication des programmes de transplantations.

1981 : première greffe réussie d'un bloc coeur-poumons

par les Dr Norman Shumway et Bruce Reitz à Stanford. La cyclosporine est utilisée comme immunosuppresseur.

1984 : Xénotransplantation sur un bébé

Un bébé reçoit le cour d'un babouin de 7 mois en Californie. Son corps ne rejette pas la greffe, mais elle meurt d'une insuffisance rénale, liée aux fortes doses de cyclosporine utilisées, au bout de 21 jours.

henri bismuth

1984 :

A Villejuif, le Pr Henri Bismuth met au point une technique permettant de partager en deux le foie d'un donneur pour le greffer à deux receveurs (split liver).

1985 : première greffe d'intestins

par le Pr Cohen à Toronto, Canada.

Teri smith

1989 : première transplantation du foie d'un donneur vivant à Chicago

Teri et Alyssa, 15 ans après...

Teri Smith, une jeune mère de 29 ans donne une partie de son foie pour sauver sa fille Alyssa, âgée de 21 mois. Le foie est le seul organe ayant la propriété de se régénérer. Le recours à des donneurs vivants s'impose peu à peu, à cause du nombre important de patients qui meurent sur liste d'attente.

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1990 : première transplantation réussie d'un lobe pulmonaire

à partir d'un donneur vivant, à Stanford. Le poumon droit d'une petite fille est remplacé par un lobe du poumon droit prélevé sur sa maman.

Dr Murray

1990 : Prix Nobel pour la greffe du rein

Le Dr Joseph Murray reçoit le Prix Nobel de médecine. C'est la sixième fois que l'académie Nobel récompense un travail consacré à la transplantation.

jean paul 2

1990 : Le pape Jean-paul II soutient officiellement le don d'organe

Au fil des années, il renouvellera à plusieurs reprises cet engagement fort de l'Eglise catholique en faveur du don d'organes et de la greffe :
« Il faut insuffler dans le cour des personnes, et en particulier dans le cour des jeunes, une reconnaissance authentique et profonde du besoin d'amour fraternel, un amour qui puisse trouver une expression dans la décision de devenir un donneur d'organes. »

1992-1993 : Un foie de babouin transplanté à un homme

tstarzl

Le Pr Thomas starzl à Pittsburg réalise deux xénogreffes de foie du chimpanzé vers l'homme.

1993 : La notion de mort cérébrale

est reconnue légalement en France (arrêt du Conseil d'Etat du 2 Juillet 1993).

1994 : La loi de bioéthique

relative au respect du corps humain, au don et à l'utilisation des éléments et produits du corps humain, à l'assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal est promulguée en France.
Elle définit trois principes fondamentaux relatifs au don d'organes en vue de greffe : la gratuité, le principe de consentement présumé (maintenu) et l'anonymat entre donneur et receveur. Elle fixe également un cadre très restrictif pour les greffes à partir de donneurs vivants, puisque seuls les parents, enfants, frères ou sours ainsi que le conjoint en cas d'urgence seulement peuvent devenir donneurs.

1994 : Création de l'Établissement français des Greffes (EfG)

établissement public placé sous la tutelle du Ministère de la Santé et chargé de toute l'organisation sanitaire, réglementaire et fonctionnelle des greffes en France. L'EfG est chargé de l'enregistrement, de l'inscription des patients sur la liste d'attente, de sa gestion et de l'attribution des greffons. Il doit en outre assurer la promotion du don d'organes, établir les règles de répartition des greffons, établir des règles de bonnes pratiques, évaluer l'activité, etc.

1998 : Le Registre National des Refus

(RNR) est mis en place. Il est consultable de tous les hôpitaux de France, 24 heures sur 24 et tous les français ont la possibilité de s'y inscrire.

1998 : La première greffe de la main

au monde est réalisée avec succès par les Pr Jean-Michel Dubernard et Earl Owen à Lyon. Une telle greffe de tissus composites, incluant la peau, les tissus vasculaires et les nerfs est techniquement plus complexe qu'une greffe d'organes. Les risques de rejets sont très élevés.

Dubernard Professor owen Clint hallam
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2000 : première double greffe des deux mains et avant-bras

denis chatelier

Les Pr Dubernard et Owen renouvellent leur exploit en greffant cette fois deux mains à Denis Chatelier, amputé à la suite à l'explosion d'une fusée artisanale. C'est un nouveau succès, un retour progressif de la sensibilité est constaté.

2000 : Le « Plan Greffe »

est mis en place par le Ministre de la Santé. Son objectif est d'améliorer l'accès à la greffe des malades en attente, notamment en débloquant des fonds destinés à augmenter les ressources humaines dédiées au prélèvement dans les hôpitaux.

2002 : Un Protocole additionnel à la Convention sur les droits de l'Homme et la biomédecine

relatif à la transplantation d'organes et de tissus humains est signé.

2003 :

Pour la première fois, une enquête (CNAMTS / DHOS) permet de connaître précisément le nombre de malades dialysés en France : ils sont plus de 30 000. Nombre d'entre eux pourraient tirer profit d'une transplantation rénale, mais les délais d'attente s'allongent inexorablement.

6 août 2004 : Avec plus de cinq années de retard, la loi de bioéthique est révisée.

Le prélèvement et la greffe d'organes deviennent des priorités nationales et sont affirmés comme des activités médicales à part entière.
Le cercle des donneurs vivants est élargi : peuvent donner un organes le père, la mère, et, par dérogation, le conjoint, le frère, la soeur, le fils, la fille, les grands-parents, l'oncle, la tante, le/la cousin(e) germain(e), le conjoint du père ou de la mère ou toute personne faisant la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans avec le receveur.

10 mai 2005 : L'Agence de la biomédecine vient se substituer à l'EfG

Cette Agence reprend toutes les activités de prélèvement d'organes, de tissus et de cellules confiées à l'Etablissement Français des Greffes depuis plus de dix ans. Ses responsabilités sont élargies aux domaines de la procréation, de l'embryologie et de la génétique humaine.

isabelle dinoire

www.agence-biomedecine.fr

2005 : Première greffe partielle de visage

Les équipes du Pr Dubernard (Lyon) et Devauchelle (Amiens) réalisent la première greffe partielle d'un triangle nez bouche sur Isabelle Dinoire, une femme de 38 ans défigurée par un chien.

L'avenir reste à écrire...

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